
Philippe Goubeault, directeur financier Agirc-Arrco, nous explique les résultats.
Quels résultats en 2009 pour les régimes de retraite Arrco et Agirc ? Le régime Arrco présente un résultat global excédentaire de 1,005 milliard d’euros alors que le régime Agirc enregistre un déficit de 587 millions d’euros.
Quelle analyse en faites-vous ?Analyser ces résultats, c’est expliquer les évolutions divergentes des ressources et des charges. Côté ressources, les effets de la crise économique sur l’emploi et les salaires, qui s'est amorcée en fin d'année 2008, ont été très sensibles en 2009. Les cotisations des entreprises baissent de 0,4 % pour l’Arrco et de 2,6 % pour l’Agirc. Parallèlement, les cotisations versées par l’Unédic et l’État pour financer en partie les points de retraite attribués aux chômeurs augmentent de manière significative. Au final l’ensemble de ces cotisations, qui représentent l’essentiel des ressources des régimes, augmentent de 1 % pour l’Arrco et diminuent de 1,6 % pour l’Agirc.
Pourquoi la baisse des cotisations est-elle plus forte à l’Agirc ? Comme vous le savez, les cadres cotisent à l'Agirc sur la partie de leur salaire supérieure au plafond de la Sécurité sociale. Quand ce dernier évolue plus vite que le salaire moyen des cadres, ce qui est le cas en 2009, l’assiette de cotisations se rétrécit.
Les autres ressources ?Les autres ressources pour les régimes Arrco et Agirc proviennent de l’AGFF, structure de financement, qui permet de prendre en charge le surcoût des retraites complémentaires liquidées sans minoration avant 65 ans. Depuis 2001, l’AGFF redistribue à l’Arrco et à l’Agirc ses excédents dégagés en fin d’exercice, ce qu’elle a toujours pu faire jusqu’en 2008. Cet apport a été de 273 millions d'euros l'an passé. En 2009, sous l’effet de la crise, l’AGFF est déficitaire. Elle n’a donc reversé aucune contribution aux régimes.
Des ressources complémentaires proviennent aussi, pour le régime Agirc, du transfert financier de l’Arrco qui finance les résultats des opérations de retraite concernant les « articles 36 » . Il est de 966 millions d’euros, en hausse de 7,5 % par rapport à 2008. Cette ressource pour l’Agirc est bien entendu une charge pour l’Arrco.
Et puis, dans les ressources, il faut parler des produits financiers, issus des placements des réserves. En 2009, les résultats financiers sont positifs, en forte hausse par rapport à 2008, année de la crise financière. Notamment, le résultat financier de l’Arrco en 2008 est de –111 millions d’euros, il passe à +1 071 millions d’euros en 2009.
Et les charges ?Les allocations à la charge des régimes de retraite complémentaire progressent de 5,3 % pour l’Agirc et de 4,5 % pour l’Arrco. Cette hausse, due essentiellement à la progression du nombre de retraités, est bien supérieure à celle des cotisations. D’où une forte dégradation des résultats techniques, différence entre les cotisations et les allocations, tant pour l’Arrco que pour l’Agirc. La situation en 2009 prolonge en l'accentuant une tendance observée depuis 2002. Pour donner des repères, le résultat technique de l’Arrco était de 3 536 millions en 2002. En 2009, il est de 900 millions. Celui de l’Agirc était de 201 millions d’euros en 2002, il est déficitaire de 2 027 millions d’euros en 2009.
Au final, en ce qui concerne l’Agirc, ni le transfert financier en provenance de l’Arrco, ni les produits financiers n’ont été suffisants pour combler le déficit entre cotisations et allocations, le résultat global étant un déficit de 587 millions. En Arrco, les produits financiers ont permis d’afficher un résultat global excédentaire de 1 milliard d'euros, malgré la dégradation du résultat technique.
Et demain ?Selon les prévisions, la situation ne devrait s’améliorer ni en 2010 ni en 2011. Les réserves constituées pendant les périodes fastes permettent aujourd’hui d’assurer le paiement des retraites. Elles constituent un atout précieux en cette période difficile et sont la marque de la bonne gestion menée par les Partenaires sociaux. Pour des régimes de retraite par répartition, ces conditions de financement doivent avoir un caractère transitoire. Le calendrier du retour à l'équilibre des opérations de retraite sera au centre des prochaines négociations paritaires.